Le dispositif de la passe implique nécessairement une communauté élargie. La confidentialité, la prudence et le soin des témoignages le rendent incontournable. La délocalisation de la passe qui a eu lieu, de fait,  en témoigne.  Ce sont les passants eux-mêmes qui  ont délocalisé la passe, car il n’est pas rare qu’on s’adresse au dispositif d’une Ecole, à laquelle on n’appartient pas, pour la demander. De plus, l’extime – appelé par les différents cartels de la passe  pour la discussion de chaque nomination – renforce cette délocalisation et élargit davantage la communauté impliquée dans chacune des  nominations. La fonction de l’extime dans le cartel de la passe n’est pas celle de contrôler au nom de l’AMP, les nominations dans chaque Ecole, ni d’homogénéiser  les nominations mais au contraire, d’interroger, de décompléter, et de rester extérieur à chaque cartel de la passe, de l’intérieur même de l’Ecole Une. Son importance rend désirable que si le dispositif de la passe dans une des écoles de l’AMP n’en tenait pas compte, il devrait être introduit.

Le dispositif de la passe, le secrétariat et les cartels travaillent nécessairement un peu à l’écart du bruit quotidien des écoles respectives, un peu à l’ombre, nécessairement mais pas indéfiniment.

Le règlement de la passe non seulement régule la composition des cartels mais introduit, avec la périodicité des permutations, une scansion dans ce travail tranquille et silencieux des cartels et du secrétariat. La scansion temporelle, on le sait, est une des armes princeps contre l’inertie. Ainsi, les cartels et le secrétariat sont dissous, permutent et, plus important encore, ils sont voués impérieusement à un travail d’élaboration de l’expérience et de la transmission de celle-ci.

Bien que la passe doive avoir la marque du délocalisé, elle doit en quelque sorte être incarnée. Si le règlement de la passe n’est pas le même pour les sept écoles de l’AMP, c’est parce que d’une certaine façon il doit tenir compte de la singularité de chacune. Mais si les règlements sont variés, ils incluent tous le retour du débat dans l’Ecole, à partir de l’expérience. Non seulement pour pouvoir introduire des modifications dans le règlement mais aussi pour pouvoir relancer le débat, en évitant ainsi l’inertie confortable du groupe et le noyau de non savoir sur la question : qu’est-ce qu’un analyste, comment on analyse aujourd’hui et comment se terminent les analyses. C’est pourquoi le règlement du dispositif est si important. Chacun des membres est concerné par celui-ci, qu’il fasse partie ou pas du dispositif dans chaque période.

J’ai toujours pensé qu’il était souhaitable que l’assemblée des membres discute, approuve et contrôle le dispositif de la passe, pour ensuite, précisément le laisser travailler dans une nouvelle période.  Mais si le dispositif lui-même, tel qu’il est régulé dans une Ecole, devient inconnu pour la plupart des membres, on l’oublie, et alors il se passe quelque chose qui n’est pas souhaitable. C’est pour cela que je crois qu’il n’y a pas que dans l’ECF que la situation de la passe n’est pas satisfaisante. Elle ne l’est pas non plus dans l’ELP ( ou peut-être je devrais dire la FEEP, car l’ELP est une Ecole sans dispositif de la passe)

J’ose dire que le dispositif de la passe dans la FEEP est resté sans interlocuteur. Il n’a personne avec qui entretenir la conversation nécessaire. On a dit à plusieurs reprises que l’Assemblée de l’ELP, qui est un dispositif européen, n’est pas l’endroit où cette discussion doit avoir lieu. Le Conseil de l’ELP ne peut que faire une déclaration d’intention  de la passe, dans les rapports annuels présentés à l’Assemblée. ( Je me rappelle même de son oubli dans certaines occasions). L’Assemblée de la FEEP serait alors le lieu du débat ou de discussion sur la passe, des productions effectives des textes du secrétariat et du cartel ? Il ne semble pas qu’il en ait été ainsi.

On me dira que dans plusieurs communautés de l’ELP il y a des séminaires et des débats sur la passe, avec des invitations des AE, avec la participation des membres intéressés. D’accord, cela est nécessaire mais pas suffisant si le débat, les interrogations qui se présentent n’ont pas de conséquences. Et pour cela on doit pouvoir  en décider.

Il ne s’agit pas de décider maintenant si on peut attribuer la majorité à l’ELP, ni si elle est suffisamment mûre pour être autonome. Aucune école de l’AMP ne l’est. Il s’agit du fait que le règlement du dispositif de la passe de la FEEP a été oublié, on ne sait pas même à qui il appartient, sauf, peut-être, aux instances directement impliquées. Cela ne suffit pas, à mon sens, pour que chaque membre se sente responsable dudit dispositif.

Oui, on pourrait l’appeler « le règlement oublié ».  J’arrive à formuler cet énoncé lorsqu’une série des questions me vient à l’esprit : Comment peut-on comprendre que le règlement date  encore  de novembre 2002 ? L’ELP, la SPL, l’EEP, devenue FEEP, y compris l’AMP, sont-elles les mêmes qu’en 2002 ? C’est un règlement établi par le Conseil de l’EEP et approuvé par celui de l’AMP mais, où a-t-il été discuté, seulement dans ces instances ?  Sur quels textes transmettant les enseignements et les écueils des expériences précédentes ? Quelle communauté, même  très élargie s’est donnée le temps du débat et de l’approbation du règlement, pour ensuite le laisser travailler et attendre, dans les laps de temps établis, le retour de nouveaux éléments pour le débat et le contrôle de l’expérience ? Comment explique-t-on  qu’on n’ait jamais convoqué le Collège de la passe prévu par le règlement ? Comment explique-t-on qu’on ne respecte pas les délais des rapports des cartels et du secrétariat et qu’on n’établisse pas les mécanismes d’un débat possible ?

Les effets, nous les connaissons : le débat sur la passe avait disparu ainsi que la responsabilité des membres concernant celle-ci. On attendait peu d’elle, mise à part la précieuse surprise de chaque nomination d’un nouveau AE, sur qui tombait tout le poids de faire exister le désir de passe à l’Ecole, aussi bien à l’ELP qu’à la FEEP.

Je ne crois pas à un gouvernement global, ni pour la politique des Etats, ni pour le pays de la psychanalyse,  voire je le redoute. C’est pour cela que je crois qu’il est préférable de garder la diversité pour nous obliger à entretenir une conversation permanente. Chacun des membres des écoles doit pouvoir être responsable, c’est-à-dire, pourvoir répondre des sujets cruciaux et pour cela on se doit de créer les conditions. Personne ne contestera que de la façon dont se terminent les analyses, la passe, son dispositif et le règlement qui le rend effectif à chaque moment, en font partie. Le bon usage de l’Ecole Une en dépend.

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