Mon intervention prendra appui sur quelques phrases que Jacques-Alain Miller a écrites dans le N°75 du Journal des Journées à propos de l’Ecole italienne. Deux, en particulier, m’ont poussé à réfléchir et à intervenir. C’est mon dégel.

Je pars de celle qui semble la dernière mais qui, selon moi, est à considérer en premier.

Après avoir commenté l’intervention d’Estela Paskvan sur la passe à l’ELP selon une optique qui met nécessairement en cause les problèmes concernant la stratégie et la politique de l’AMP, Jacques-Alain Miller affirme d’un trait « il y a aussi beaucoup à dire de l’Ecole italienne ». Beaucoup à dire.

La première chose à laquelle j’ai pensé c’est que c’est vrai, surtout si l’on change un adverbe à la phrase : « il y a toujours beaucoup à dire de l’Ecole italienne ». Qu’avons-nous fait à la SLP ces deux dernières années, pour ne citer que les dernières, sinon ceci ?

Il y deux ans, en novembre 2007, à Milan, lors d’une crise, l’Ecole au complet s’est réunie en présence de Jacques-Alain Miller où tout a été mis à nu, à ciel ouvert, notre histoire, une fois de plus les positions conflictuelles qui se dessinaient autour de divers projets institutionnels, les rapports personnels alors très difficiles, les jugements sur le travail des instances directives, les perspectives de solutions possibles, les scénarios futurs. Tout ceci précédé de dix jours de débats intenses sur la liste électronique de la SLP où presque tous sont intervenus, avec des paroles parfois dures, compliquées, polémiques, parfois intelligentes, interprétatives. Jacques-Alain Miller évalua alors l’exceptionnalité de l’évènement et en suggéra la publication, que nous avons faite sous forme de livre, « Le secret des lacaniens », qui a été en partie traduit dans la revue de l’ECF. « Le secret des lacaniens » nous honora, si je puis  dire, on ne pouvait nier qu’ en rapport à « il y a quelque chose à dire de l’Ecole italienne », la SLP ne reculait pas, elle donnait l’exemple.

Sur ce point, on aurait pu vivre de rente pour un peu de temps, mais ce ne fut pas le cas. Après un an à peine, en décembre 2008, toujours à Milan, eut lieu une assemblée extraordinaire avec la présence d’Eric Laurent, précédée là aussi d’une semaine d’échanges sur la liste où tous, à nouveau, ont parlé de l’Ecole, en bien, en mal, en pire, en rapport avec les nouvelles initiatives qui créaient le multiple là où jusqu’alors nous nous étions reconnus dans une dyade, qui, par le passé avait donné une stabilité et un bon fonctionnement. A cette occasion, également, étaient apparues sur la liste des lettres, des échanges d’accusations, des appels au statut…etc. L’assemblée fut glacée, mais non à cause du silence, à cause des radiateurs. Cette fois, encore, n’ont pas manqué les dires et le pathos, mais la conflictualité était à nouveau présente. La conflictualité est notre répétition, elle revient souvent sur scène et est difficile à traiter. Notre symptôme n’est pas dans le dire, dans le silence, il est dans la répétition de la conflictualité, dans l’émergence répétée de ce que Jacques-Alain Miller, toujours dans le Journal des Journées, avait à plusieurs reprises appelé «  la division » italienne.

Ce qui est difficile est que notre dire de l’Ecole ne devienne pas un dire de la division, un dire conflictuel mais plutôt un dire des différences qui trouve sa place et son écoute. Lors du Séminaire milanais de l’AMP, en présence du président de l’AMP, séminaire encore en cours, chaque fois est réservé un moment important à la conversation, au thème de l’Ecole, à tout. Et ce dire est présent, vif mais parfois porte davantage la marque de la division que de la différence. Ceci est un des nœuds à traiter dans l’Ecole italienne, et je crois qu’il faudra un peu de temps mais le séminaire de l’AMP a donné un peu d’espoir et, à mon avis, a indiqué ce que nous ne pouvons pas ne pas parcourir : traiter le dire de la division pour le transformer en dire de la différence, un dire plus psychanalysant, donc plus psychanalysé, condition pour une énonciation non massifiée de notre collectif et pour le développement de la politique dont nous avons la responsabilité de construire.

Maintenant règne le silence, Jacques-Alain Miller parle de gel, d’inhibition à intervenir (dans le Journal des Journées) sur ce qu’il y a dire de la SLP. Je pense que cette inhibition est interprétée à la lumière des scansions que je viens de rappeler, et sur le fond du « il y a toujours quelque chose à dire de l’Ecole italienne » alors qu’il serait nécessaire de passer à un dire différent de l’Ecole et ceci a besoin d’un temps pour comprendre.

«  Pourquoi n’existe-t-il pas un cartel italien de la passe ? », je cite maintenant la seconde phrase de Jacques-Alain Miller, voici une demande à partir de laquelle on pourrait commencer à parler différemment de la SLP et en outre, en parler en tenant compte que peut-être la question de la « division » a à voir avec une éventuelle réponse négative. Pourquoi n’existerait-il pas un cartel en langue italienne  sur la base de deux AE de la SLP en fonction et de deux ex AE si je ne me trompe ? Un cartel, réglé par la FEEP, qui fonctionne selon la logique délocalisée et de l’extime utilisée jusqu’à présent par l’AMP ?

Partir de cette demande pour commencer à parler de la possibilité d’un cartel italien de la passe pourrait être une voie concrète de traitement du symptôme de l’Ecole italienne

Traduction : Brigitte Laffay

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