Gil Caroz, secrétaire de l’AMP

Le renouvellement du pacte avec l’inconscient n’est pas une affaire ECF-ienne, franco-belge ou européenne. La force de l’événement qu’ont constitué les 38ème journées de l’ECF et leur préparation sont de l’ordre d’un retour à Freud, à ce que Lacan appelle sa propulsion, sans quoi nous continuerions sur notre erre en ralentissant, jusqu’à l’arrêt. Aujourd’hui, dans l’après-coup des Journées, on peut dire que nous y étions presque.

Or, il n’y pas de désir pur. Le nouveau souffle que nous traversons ne va pas durer sans cesse. Jacques-Alain Miller l’a fait remarquer plus d’une fois : l’ouverture qu’ont produite ces journées – à comparer avec l’ouverture de l’inconscient – finira par s’estomper à un moment donné. Mais tout ce que nous pourrons installer dans ce moment d’ouverture sera un terrain gagné pour l’avenir de la psychanalyse, jusqu’au prochain « nouveau souffle » qu’il faudra sans doute nommer autrement. Mieux vaut donc de profiter de ce moment pour offrir aux Ecoles de l’AMP la possibilité de bénéficier de ce souffle, de cette propulsion renouvelée, si elles le désirent.

Entre la parution du premier JJ, le 2 septembre 2009 et les 38ème Journées de l’ECF, deux mois sont passés. Cinq mois nous séparent du Congrès de l’AMP qui aura lieu du 26 au 30 avril 2010. Autrement dit, nous avons le temps de voir comment faire. L’événement de Paris nous a montré qu’il suffit d’un petit déplacement, pour que dans l’ECF, où on se disait « ne plus avoir beaucoup d’intérêt pour la passe », 230 membres et adhérents se proposent de témoigner de leur rapport à l’inconscient sur le chemin du « devenir analyste ». Je fais le pari qu’un petit déplacement, encore faut-il le trouver, pourrait permettre un renouvellement de l’intérêt pour le thème « Semblants et sinthome ».

L’ambition de transmettre « l’événement Paris » dans les autres Ecoles devra faire preuve d’un esprit inventif. Certes, quelque chose passe à travers le JJ, à travers Twitter et à travers les blogs. Le JJ est diffusé régulièrement par les listes électroniques de quelques Ecoles. Certaines prennent la peine de le traduire dans leur langue véhiculaire. Mais le signifiant ne suffit pas à dire ce qui s’est passé lors de ces Journée. D’ailleurs, que s’est-il passé ? Tout ce que nous pouvons dire pour le moment, c’est qu’il y avait une présence de l’objet aux Journées, dont les signes étaient les larmes et les rires, mais aussi, un peu plus discrets, les colères et les haines : « Inadmissible ! On ne doit pas faire passer des textes comme ceux-ci ! ». Bref, il y avait de la libido.

Si le signifiant ne suffira pas à transmettre l’objet qui circulait au sein des Journées, c’est parce qu, comme le nom propre, l’objet ne se traduit pas, il se transfère. Autrement dit, il implique, pour sa transmission, un déplacement des corps. En présence d’un grand nombre de ses membres le congrès de l’AMP à venir, sera l’occasion à saisir pour le faire.

Je propose de parier sur les membres de l’AMP qui ne sont pas membre de l’ECF, mais qui étaient aux Journées de Paris, pour lancer la transmission du nouveau souffle au sein de l’AMP. Je voudrais, dans un premier temps, recenser ces collègues. Eux, qui connaissent leurs Ecoles de « l’intérieur », et qui se sont déplacé pour se faire percer, traverser par l’événement Paris, sont peut-être les mieux placés pour témoigner et ouvrir la voie à ce transfert de l’objet dans les Ecoles.

Une fois cette liste établie, je demanderai à ces collègues d’envoyer (s’ils le souhaitent) un travail dans lequel ils traiteront deux points :

1. La couleur que prend l’événement Paris dans leur Ecole.

2. Les conséquences que cela peut avoir sur le programme du congrès de l’AMP.

Qu’ils le fassent comme ils le veulent (et si ils le veulent), en faisant entrer l’objet dans le discours, malgré la résistance du signifiant, la seule exigence étant que ce texte porte la trace d’un bien-dire travaillé. Nous ne sommes plus dans les hommages et les émotions.

Ces premiers travaux des « présents à l’événement » seront, je l’espère, le point de départ d’un brainstorming généralisé dans l’AMP. Celui-ci durera jusqu’à la fin janvier, date de la prochaine réunion du Conseil de l’AMP, qui en tirera les conclusions.

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